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Au lendemain de la défaite de #Vitality contre #Falcons en quarts de finale du Major de Cologne 2026, Fabien "Neo" Devide, CEO et Co-créateur de l'organisation nous a accordé une interview. L'occasion de faire le point sur la gestion d'un calendrier ultra-dense, de répondre aux critiques sur la fin de cycle de l'équipe et d'évoquer les synergies grandissantes avec l'Académie.
Salut Neo, on se retrouve au lendemain de la défaite de Vitality contre Falcons en quarts de finale du Major de Cologne 2026. Comment tu vas ?
Mal. Voilà. Je ne vais pas mentir, celle-là, elle fait mal. Je me suis couché à deux heures et demie, je me suis levé à six heures, et de six heures à midi, je regardais le plafond. Vraiment. C'est le sentiment.
C'est le sentiment aussi qu'il y avait dans le vestiaire hier : beaucoup, beaucoup de silence, presque de la stupéfaction, parce qu'on n'arrivait pas à réaliser qu'on était out quoi. Mais en même temps, voilà, ce n'était pas pour nous cette fois. Donc il faut qu'on le digère, il faut qu'on vive avec. Mais globalement, on ne va pas se mentir : aujourd'hui, on a la gueule de bois et celle-là elle fait mal.
Hier, ça a été un match très accroché qui, cette fois, tourne en votre défaveur. On sait que vous avez une histoire en commun avec Falcons, notamment via zonic. Est-ce que ça rend la défaite encore un cran plus difficile à digérer ?
Non, pas forcément vis-à-vis de zonic. Il a fait des choix de carrière qui lui sont propres. Nous, ça fait longtemps qu'on a digéré. Et puis, tu sais, on a tellement gagné que, en fait, on ne regrette pas du tout nos choix. Parce que tous les choix ont amené finalement à nos succès. Donc on n'est pas des personnes qui sont plutôt rancunières, même si on pourrait le dire avec apEX, un peu avec Spinx, ce qui lui met de temps en temps sur le vocal. Mais globalement, je n'ai pas l'impression qu'on soit focalisés là-dedans.
Ce qui est certain, c'est que Falcons, c'est une équipe qui investit beaucoup depuis des années, qui a un peu dérégulé le marché. Donc c'est toujours agréable de les battre, voilà, on ne va pas se mentir. Parce que c'est une équipe qui reste ambitieuse et qui a fait ces choses-là. Donc les battre, c'est toujours plaisant. Maintenant, voilà, ça fait quelques matchs que ça ne tourne pas en notre faveur contre eux.
Hier, ils ont joué leur va-tout aussi, avec des situations qui sont difficiles à lire, des timings, des cross smokes, des choses comme ça où ils n'ont pas démérité. Ils ont joué leur plan de jeu, qui était effectivement de nous rendre la vie dure et de jouer sur le manque de confiance qu'on a affiché depuis le début du Major. Donc voilà, je pense qu'ils ont bien préparé, ils ont joué sur leurs atouts et leur folie. Et nous, malheureusement, depuis le début, on avait trop de questions. Et quand tu te poses trop de questions, c'est difficile de gagner.
Est-ce que ça n'a pas été une erreur de l'équipe de ne pas s'être entraînée, ou presque pas, pendant le séjour aux États-Unis ? Est-ce que finalement vous n'avez pas un peu perdu de l'avance que vous aviez en début de saison ?
Non, je ne pense pas. La notion d'avance, ça n'existe pas, je pense. On l'a vu l'année dernière avec la deuxième partie de saison. La première partie, effectivement, on va jusqu'au bout et on fait les sept tournois d'affilée, mais ça nous coûte quasiment toute la deuxième partie de saison, qui est un peu sauvée avec cette Pro League et ce Major de Budapest. Mais si j'écoute les analystes, les fans, etc., la deuxième partie de saison, c'est un échec total. Et ils oublient tout avec la victoire de Budapest.
Donc en fait, c'était aussi une sorte d'adaptation vis-à-vis de nos learnings, de ce qu'on avait sur la première année. Donc on a essayé quelque chose de différent sur un tournoi qui avait peu d'importance pour nous, qui avait été mis dans le calendrier uniquement pour se donner plus de sécurité si ça ne se passait pas à Rio. On a réussi à convertir à Rio sur un tournoi très difficile, très accroché. Donc pour moi, aujourd'hui, c'est Atlanta, et ce truc-là n'a pas mené…
Je pense que c'est plutôt, globalement sur la préparation, je veux dire, on avait des choses qui étaient off et je pense que surtout, on s'est peut-être déjà un petit peu trop projetés sur la deuxième partie de saison. On n'a pas réussi à rester dans le moment et c'est peut-être ça qui nous a fait plus défaut que ce petit break. Ce break, il était nécessaire, mais il nous permettra de gagner beaucoup en deuxième partie de saison. Et je pense que ça va être la grosse différence entre cette année et l'année dernière.
L'année dernière, on est arrivés à la fin de Budapest, on avait l'impression qu'il s'était passé trois ans. Là, j'ai l'impression qu'on va arriver sur la deuxième partie de saison et qu'on va être beaucoup plus concernés, beaucoup plus frais. Maintenant, ce qui est dommage, c'est qu'on n'a pas réussi à trouver encore la formule pour réussir à peak sur le Major, qui est le tournoi le plus important de l'année. Donc ça fait un peu chier, mais bon, ça fait partie des learnings, et ce Grand Slam nous a un peu révolutionnés, ou bouleversés, on va dire, dans notre préparation idéale. Mais pas de regrets en même temps, parce qu'un Grand Slam, c'est aussi important qu'un Major.
Donc l'avoir fait, c'est aussi pour cette légende-là. Mais je veux dire, on est encore dans ce process de compréhension de comment gérer un planning aussi dense. Parce que les organisateurs, ou même nous en tant qu'équipe, aujourd'hui, nos bénéfices et nos revenus sont liés à notre participation aux événements. Donc voilà, il faut qu'on arrive à apprendre ça. Mais j'ai envie de dire que si, dans une troisième année, on arrive à se remettre dans cette position d'apprentissage, ça veut dire qu'on est vraiment la meilleure équipe de tous les temps.
Tu l'as mentionné plusieurs fois, on sait que tu as une relation un peu conflictuelle avec les réseaux sociaux. Est-ce qu'après une défaite comme hier, tu lis les commentaires ou est-ce que tu coupes tout ?
Un mélange des deux. Je lis parce qu'il y a une part de masochisme aussi, parce que des fois il y a des choses qui sont intéressantes. Il n'y a pas tout à jeter dans les commentaires. Les commentaires de mecs qui disent « honteux », machin, etc., ça, je m'en bats les couilles. Parce qu'en vrai, les mecs n'ont généralement jamais fait de tournoi de leur vie ou ne savent pas à quel point ça a compté pour nous. Et moi, je l'ai vu. J'ai vu des mecs hier qui étaient ultra concernés. Donc en fait, « honteux », qu'on se foute de la gueule des gens, je veux bien, mais là, personne ne s'est foutu de la gueule de personne. On était les premiers déçus et les premiers dévastés hier.
Donc voilà. Après, moi, je me l'inflige par choix personnel parce que je pourrais complètement m'en battre les couilles. Mais je me l'inflige parce que je pense que, de temps en temps aussi, il y a de bonnes idées. L'intelligence collective a du bon et c'est une façon aussi de rester connectés et d'être terre à terre. Je veux dire, il ne faut pas non plus qu'on soit dans une tour d'ivoire à se dire : ça y est, on a tout gagné, tout réussi, validé la promesse, et maintenant on est au-dessus de tout le monde. Je pense qu'il y a une forme d'humilité aussi à lire que les fans care aussi avec nous . Et ce que je dis, c'est que ça a toujours été de l'amour et haine. Et donc c'est mieux quand il y a de l'amour et de l'amour inconditionnel. Même dans les défaites, il y a beaucoup de support.
Mais la haine fait aussi partie du milieu et du carburant qu'on va aller chercher. Donc il faut aussi qu'on arrive à la tourner en quelque chose de positif. Et le positif, c'est que, de temps en temps, il y a quand même de bonnes réflexions. Donc non, moi, je vais quand même à la pêche aux infos. Et voilà, je me restreins. J'ai beaucoup de brouillons non envoyés avec beaucoup d'insultes fleuries. Mais ça, c'est à moi, effectivement, et aux joueurs de trouver la bonne distance. Mais globalement, les commentaires étaient plutôt justes hier, de ce que j'ai vu. Et globalement, on est quand même très chanceux d'avoir une communauté qui est très positive, très bienveillante et qui nous a soutenus tout au long de l'année. Juste triste de ne pas leur offrir cette fin en apothéose. Et surtout, à ceux qui se sont déplacés, de ne pas leur offrir un beau spectacle jusqu'à dimanche.
Toutes les bonnes choses ont une fin et on se doute que cette équipe ne sera pas éternelle. apEX va être papa, mezii l’est déjà, ropz a tout gagné. Est-ce que vous prévoyez déjà l'après de cette équipe ou est-ce que c'est encore trop tôt pour le moment ?
Non, je pense que les gens qui disent que c'est la fin de l’ère, ils vont un peu vite en besogne. C'est comme l'année dernière après la deuxième partie de saison. Je pense qu'on a une équipe qui est hors du commun, avec beaucoup de mutants qui sont encore très concernés, qui ont les crocs et qui savent qu'ils ont quelque chose d'assez unique. Pour moi, aujourd'hui, les enterrer serait une erreur. Une erreur à ne pas commettre. Et tant mieux si les gens le font parce que ça va nous offrir des confrontations plus faciles.
Mais moi, je vous le dis : cette équipe a mon entière confiance. Et Dieu sait que je suis quelqu'un qui a tendance à être dans l'anticipation et à toujours essayer de créer des scénarios pour être meilleur. Mais aujourd'hui, je n'ai aucune inquiétude sur le fait que cette équipe va rebondir. Cette équipe sera meilleure et cette équipe va encore soulever beaucoup, beaucoup de trophées.
Quelles sont les personnes et les moyens qui sont mis en commun entre l'Académie et le roster principal ? Est-ce que l'Académie va pouvoir bénéficier du savoir-faire du roster principal ?
C'est déjà le cas. Je veux dire, le fait d'avoir mis Matthieu Péché, qui est notre manager originel, sur la main team qui transitionne vers l'Académie, c'est déjà montrer qu'on a quelqu'un qui a la compréhension du Tier 1, qui a la compréhension de ce que ça requiert et qui est au contact des joueurs. La deuxième chose, c'est que Rémy, aujourd'hui, dans ses missions, sur les moments où il peut, il supervise vachement l'Académie. L'Académie practice la main team. Donc en fait, il y a déjà beaucoup de ressources en commun et de synergies.
L'Académie va continuer de grandir. Encore une fois, je l'ai dit plein de fois, c'est l'année zéro pour nous. C'est l'année où il faut apprendre les choses. Le vrai projet académique se lancera vraiment l'année prochaine. Ça ne veut pas dire que j'enterre cette génération-là, mais il fallait quand même au bout d’un moment la lancer pour apprendre et faire quelque chose de bien. Elle est là et je suis sûr qu'il y aura des reliquats de quelque chose qui, je l'espère, sera à l'image d’un NAVI et d’un MOUZ, qui ont montré depuis de très longues années qu'ils arrivent à renouveler leur équipe première et à se maintenir dans le top 3 mondial parce qu'ils ont un très bon travail de détection et de scouting. Donc ce sont les modèles à aller chercher, les modèles à copier entre guillemets. Et il n'y a pas de honte à copier quand les gens font les choses bien.
Pour conclure, qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour la suite ?
Ce qu'on peut me souhaiter, c'est de la résilience, c'est de se battre, c'est de s'accrocher. Parce qu'il y a des moments comme ça où justement ça fait mal et tu te dis : à quoi bon ? Et puis voilà, une fois que tu as dépassé ce sentiment, tu retournes au combat. Moi, ça fait maintenant quinze, seize, dix-sept ans que je fais de l'e-sport et ça ne m'a jamais quitté. Et je vois en face de moi que j'ai des personnes qui sont de la même génération que moi, sur la même intensité. C'est pour ça qu'on s'est bien rencontrés et qu'on a cet ADN commun. Et je pense qu'aujourd'hui, la meilleure chose qu'on peut nous souhaiter, effectivement, c'est d'en tirer les conséquences et de se remettre en question avec beaucoup d'humilité, encore une fois, pour aller réveiller le champion.
Et comme je l'ai dit sur Twitter, ils ont un cœur de champion. Et les cœurs de champion, ce sont les plus difficiles à battre. Pourquoi des Federer ? Pourquoi des Nadal ? Pourquoi ils vont gagner vingt ou vingt-et-un Grands Chelems alors qu'ils ont battu tous les records ? Parce qu'il y a quelque chose dans la tête qui fait que c'est au-delà de ça. Et je pense que des apEX, des ropz, ils ont ce genre de folie, ils ont ce genre de mentalité. Et c'est à nous de ne pas les gâcher et d'être certains qu'ils peuvent convertir. Et je suis certain que ça se convertira.
Merci.