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À l’occasion des BLAST Open Porto, Scrawny, l’une des voix emblématiques de la scène Counter-Strike internationale, nous a accordé une interview en français. Le commentateur canadien revient sur ses débuts et ses dix années passées sur le circuit, la naissance de son duo avec Launders, sa préparation avant les matchs et la façon dont il parvient à déconnecter une fois les événements terminés.
Merci de prendre le temps de faire cette interview avec moi. Pour commencer, est-ce que tu pourrais te présenter rapidement, ce que tu fais comme travail, pour les gens qui ne te connaissent pas en France ?
Oui, moi je suis un commentateur de Counter-Strike sur des broadcasts (diffusions) anglais. J'habite à Montréal, je suis né au Québec et j’ai toujours habité là-bas, mais je viens d'une famille anglophone, d’à côté des États-Unis. Mais là, je suis un commentateur full-time, c'est ça mon seul job. Puis ouais, chanceux, toujours, d'être ici à des événements de Counter-Strike.
Ça fait longtemps que tu castes du Counter-Strike. Est-ce que tu te rappelles de ton premier événement que tu as casté dans le Tier 1 ? Le premier big event CS que tu as fait et comment tu l'as vécu ?
Dans ma tête, je me rappelle deux événements. Le premier, c'est la première fois que j'ai quitté Montréal pour faire un événement, c'était Fragadelphia 8, je pense, 8 ou 9. C'était directement après que ma vidéo YouTube avait explosé, j'avais plein d'attention dans la sphère de Counter-Strike. Puis ils m'ont envoyé un billet d'autobus, 30 heures de Montréal à New-York, puis de New-York à Philadelphie, je suis arrivé à quatre heures du matin avec mon petit sac, tout prêt, pour faire mon premier événement. Puis c'était juste complètement à cause de la passion pour Counter-Strike. J'ai travaillé sans argent, sans d'autres opportunités, c'était vraiment juste de la passion.
Puis après ça, j'ai commencé à travailler avec ESEA. C'était une organisation américaine qui fait des ligues. Puis de là, ils m'ont invité à mon premier événement ici en Europe, la Mountain Dew League LAN, c'était à Leicester, au Royaume-Unis. Puis j'ai travaillé avec Machine et moses pour la première fois, c'est comme si j'avais rencontré mes idoles, en même temps.
Après cet événement-là, j’ai quitté l'université, je suivais Counter-Strike chaque jour, puis ça fait quoi, dix ans maintenant.
C'est magnifique. Tu as un duo iconique avec Launders maintenant. J'aimerais savoir comment s'est formé ce duo et à quel moment vous avez compris que ça fonctionnait bien entre vous deux et que vous alliez continuer ce duo ?
La première fois que j'ai rencontré Mohan (Launders), c'était à Montréal. Il y avait un événement canadien, Northern Arena, au Centre Bell à Montréal, c'est un endroit vraiment populaire car c'est là que notre équipe de hockey joue. Mais c'était un week-end de Counter-Strike, puis j'ai été engagé pour travailler avec n'importe qui, n'importe quand, sur le stream B. Là, j'ai rencontré Launders la première soirée, puis on nous a donné des billets pour un match de hockey, le soir avant notre match de Counter-Strike dans le Centre Bell. Puis c'était vraiment juste ce soir-là qu'on a cliqué ensemble, je l'ai trouvé vraiment drôle, il y avait déjà un peu d’alchimie entre nous deux, même si c'était la première fois que je le rencontrais.
Puis en plus, c'est juste vraiment naturel que lui, il est vraiment stoïque, tranquille, il ne stresse pas alors que moi, c'est vraiment pas la même. Puis à cause de ça, on a pensé à notre théorie du commentaire, c'est qu'il faut que toi, t'es le meilleur dans tes affaires, puis si t'es capable de couvrir les faiblesses de l'autre personne, c'est là, qu’en théorie, qu'on a décidé qu'on est parfait l'un pour l'autre.
Super ! Je voulais savoir quelle est ta routine avant de préparer un match ? Comment est-ce que tu prépares tes matchs avant le cast ? Est-ce que tu t'adaptes aux équipes que tu vas caster ? Comment est-ce que tu fonctionnes ?
Toujours HLTV. C'est vraiment… On est vraiment chanceux d'avoir un outil aussi beau que HLTV. Toujours un bon bout de temps, là, juste pour regarder les match streaks, match streaks, etc.
Mais pour moi, ma philosophie, c'est toujours qu'on sait jamais ce qui va se passer dans le match. Mais tu sais toujours qu'il faut que le match commence, puis ça va finir. À cause de ça, moi, dans ma tête, j'ai toujours une introduction, puis normalement une sortie. Des fois, c'est plus facile avec des trophées, car c'est vraiment le dernier match du tournoi. Mais je trouve qu'il y a toujours quelque chose pour lequel tu veux être préparé, au début, puis à la fin du match.
Si tu as un joueur comme ZywOo ou donk, ou quelqu'un de vraiment spécial sur le serveur, tu veux être certain aussi que peut-être, tu as une ligne, quelque chose de spécial. Tu sais, ZywOo à Paris, j'étais prêt, j'étais prêt pour ça. Mais juste des petites choses comme ça. Je laisse tous les chiffres, la philosophie de Counter-Strike, toutes les stratégies… Je laisse ça dans les mains de Launders parce que c'est vraiment son rôle pour trouver, couvrir des affaires comme ça.
Puis honnêtement, une routine physique aussi, je trouve, on est chanceux que souvent, dans les hôtels, on a accès à des saunas. Pour moi, je rentre dans le sauna le matin, un bon déjeuner, juste un peu de gratitude en plus ? Ça va vraiment affecter votre commentary quand ça commence.
OK, j'aurais jamais deviné le sauna. Quand tu n'es pas en événement, quand tu es en dehors de Counter-Strike, à quoi elle ressemble un petit peu, la vie d'un caster en dehors des événements ?
Je pense que, pour moi, c'est une vie complètement différente. Je suis chanceux parce que quand je suis ici, je suis à 100 % dans Counter-Strike, dans le monde de Counter-Strike. Mais quand je retourne à Montréal, je suis encore chanceux parce que c'est pas comme si j'essayais d'être un streamer, je ne travaille pas souvent depuis la maison. Donc quand je retourne, j'ai un bon groupe d'amis, j'ai une bonne famille, puis je suis capable de passer tout mon temps avec eux quand je suis chez nous.
D'après moi, pour faire ce job ici, depuis maintenant dix ans et plus, il faut que tu sois calme quand t'es chez toi. Moi, j'apprécie que je sois capable de complètement déconnecter des fois, d'être certain qu'un jour, quand je quitterai Counter-Strike, je retournerai à cette vie-là. 100%. Il faut que ce soit vraiment quelque chose dont tu es aussi fier que ton commentary.
Mais c'est pas trop dur d'enchaîner tous ces voyages ? Vous voyagez un petit peu autour du monde quand tu enchaînes les casts. Comment tu gères ça au quotidien ? Comment est-ce que ça fonctionne, en fait, de vivre cette vie ?
Je trouve que, comme je t'avais dit, si t'es si t'es capable de vraiment faire un vrai reset entre les événements, je trouve que c'est facile. Puis en plus, c'est une de mes meilleures occupations dans le monde. D'après moi, c'est vraiment quelque chose que j'ai été créé pour faire. Je trouve ça dans mon cœur.
Il y a du monde qui, je pense, voit l'esport puis ils pensent peut-être que je peux utiliser ça pour avancer ma carrière à quelque chose d'autre. D'après moi, Counter-Strike is the peak. Donc, je reste ici.
Magnifique. On vous voit souvent jouer à Magic avec les autres casters. Je voulais savoir : est-ce que tu as d'autres hobbies, d'autres passions en dehors de Counter-Strike ?
Magic: The Gathering, c'est vraiment une de mes affaires, ça fait quinze ans que j'y joue, jamais avec du monde de Counter-Strike, mais pour une quelconque raison, à Budapest, j'ai joué un match avec Machine, puis là, il y a plein d'autre monde qui a commencé. J'avais jamais pensé que les deux cercles-là allaient être ensemble, mais maintenant, c'est une des choses que je trouve : à cause de Magic, nous, on est vraiment des amis. Après les événements finis, quand nous restons ici, il faut qu'on ait quelque chose entre nous, comme famille de travail. Puis Magic, pour moi, c'est ça.
Après ça, plein de temps dans la nature. Je suis vraiment chanceux d’habiter au Québec, au Canada. J'ai plein d'amis à Montréal, Hubert, mon meilleur ami, il a un chalet vers Mont-Tremblant, on passe plein de week-ends là-bas, faut bien sortir de la maison. Des jours, tu ne sors pas de la maison, plein de jeux vidéo, plein de Magic, puis juste du temps avec ma famille et mes amis.
Dernière question pour moi : est-ce qu'un jour on aura l'occasion de t'entendre commenter une map de Counter-Strike en français ? De faire un cast en français ?
JAMAIS.
Pourquoi ?
Juste parce que quand j'y pense, Counter-Strike, il est plein de mots que j'ai déjà une difficulté, des fois, pour la traduction. Puis juste plein de mots Counter-Strike que j'ai aucune idée de ce que c'est en français, you know ?
Honnêtement, ça va être juste le commentary anglais avec un accent francophone. C'est le meilleur que je puisse faire, je pense.
Peut-être si on fait aussi des interviews en français, aussi. Je vais essayer un jour. Ça va prendre un autre dix ans, je pense, peut-être.
J'espère être là pour le faire avec toi. Merci beaucoup pour ton temps, c'était un plaisir.
Merci.